dimanche 27 mai 2012

8. - * La course *

La voiture roulait rondement dans la nuit noire. La rue, déserte, donnait l’impression d’être irréelle tant la vie semblait être absente de ce secteur. Le vent soufflait vivement et les feuilles couraient sur le tapis de bitume qui défilait à perte de vue devant le véhicule. Bien assis derrière son volant, le jeune Samory chantonnait des airs guinéens en conduisant très en dessous de la limite permise. À chaque maison, il ralentissait tout en fouillant la pénombre pour y trouver l’adresse qu’il cherchait.

— Voiture 4244, êtes-vous rendu à destination ? Le client s’impatiente !

— J’y arrive, j’y suis presque, répondit Samory... 

(La suite, le 4 janvier 2013, lors de la sortie de Dominos, recueil de nouvelles).
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(C) Lucille Bisson - 2011

lundi 21 mai 2012

7. - * L'hommage *

Oserais-je le faire? Aurais-je le courage de me rendre jusqu’au bout? J’avais dit oui, par dépit, par nécessité, par obligation. C’était vers moi qu’on s’était tourné pour mettre en mots les dernières paroles qu’on adresse à un défunt! Il était mort subitement, à son bureau, suite à une crise cardiaque au moment même où il signait une transaction majeure pour l’achat de bœufs Holstein qu’il voulait exporter vers l’Europe. Alors qu’il était au summum de sa carrière, à 48 ans, il s’était effondré, comme ça, sans prévenir, sans chance de revenir en arrière. 

Écrire cet hommage avait été interminable. Et... 

(La suite, le 4 janvier 2013, lors de la sortie de Dominos, recueil de nouvelles). 
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(C) Lucille Bisson - 2011

dimanche 13 mai 2012

6. - * Entre minuit et minuit dix *

Minuit : Il s’avança près d’elle et s’installa à ses côtés subtilement pour ne pas l’effrayer. Assis à même le sol, il croisa les jambes, appuya doucement la tête contre le mur froid et l'observa longuement, sans rien faire.

Minuit une : Elle tourna lentement sa crinière rousse vers lui en cherchant son regard et, comme si elle avait deviné ses intentions et la tendresse dont il était capable à son endroit, elle se rapprocha tout en essayant trouver le réconfort dont elle avait besoin. 

Minuit deux : Il étira le bras et ramassa la couverture qu’il avait laissée sur... 

(La suite, le 4 janvier 2013, lors de la sortie de Dominos, recueil de nouvelles).
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(C) Lucille Bisson - 2011

dimanche 6 mai 2012

5. - * Le but du Canadien *

Cette journée du 10 avril 1986, ce devait d'être mémorable ! Une journée qu’on aurait dû graver en lettres d'or sur le calendrier des souvenirs. Pour la première fois, mon fils Jean-François et moi avions un rendez-vous très particulier : nous allions assister à un match de hockey au Forum de Montréal. Les Canadiens, vous y pensez ! En pleine demi-finale de la Coupe Stanley, contre leurs ennemis de toujours : les Bruins de Boston. Nos sièges étaient dans la section des rouges à la huitième rangée. Derrière le banc des joueurs. Si ça se pouvait, j’étais plus excité que lui... 

(La suite, le 4 janvier 2013, lors de la sortie de Dominos, recueil de nouvelles). 
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(C) Lucille Bisson - 2011

dimanche 29 avril 2012

4. - * L'exutoire *

D’un geste saccadé et mécanique, Jasmine nettoyait l’assiette en fine porcelaine de Limoges qu’elle tenait fermement entre ses mains ambrées. Son regard absent fixait le soleil radieux qui donnait une teinte particulière aux fleurs des pommiers bien alignés dans la cour arrière. Elle remarqua soudain qu’elle avait oublié d’enlever sa montre avant de laver la vaisselle de son dîner. Le bijou submergé dans l’eau grise conservait tout de même sa brillance et son éclat. Elle stoppa son mouvement, observa l’étendue des dégâts et d'un geste calculé replongea la main dans l’évier, sans aucun remords, sans aucune émotion. Comme si elle ... 

(La suite, le 4 janvier 2013, lors de la sortie de Dominos, recueil de nouvelles).   
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(C) Lucille Bisson - 2011

dimanche 22 avril 2012

3. - * Gens de quartier *

Beau temps, mauvais temps, je les regarde aller, vite ou lentement, trottinant à petits pas ou marchant à vive allure. D’un pas léger ou en coups de vent, ils passent et repassent au fil des heures, des jours, des mois. Ces gens sympathiques, vivants, animés, enjoués meublent le quotidien de mon quartier.

Chaque matin à 7 h 22 pile, Monsieur Dandurand sort en catastrophe de son appartement, situé au 4925, boulevard Ste-Clémentine. Vêtu de son classique paletot beige, coiffé d’un minuscule chapeau melon brun sur lequel trône une plume marron, il se dirige d’une enjambée rapide et rigide vers le ... 

(La suite, le 4 janvier 2013, lors de la sortie de Dominos, recueil de nouvelles). 
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(C) Lucille Bisson - 2011

dimanche 15 avril 2012

2. - * Silence radio *

Elle le regardait du coin de l’œil depuis plusieurs minutes. Juste pour voir s’il respirait encore. Il semblait sans vie ne bougeant pas d’un poil, juste un petit gonflement au niveau du ventre lui permettait de croire qu’il était toujours de ce monde.

Elle passa près de lui, dans l’espoir de provoquer une réaction. Rien. L’inertie totale. Retournant derrière son comptoir, la serveuse jeta un œil torve vers la cuisine pour attirer l’attention de Bertha, la chef cuisinière. Elle était tout occupée à tenter de démêler les cordons de son tablier avant d'entreprendre son quart de travail. Toutefois, la jeune fille... 

(La suite, le 4 janvier 2013, lors de la sortie de Dominos, recueil de nouvelles). 
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(C) Lucille Bisson - 2011